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En retard (d'où le [R] dans le titre) la suite de nos aventures. Lundi 7, il est temps de quitter Queenstown pour le Fiordland, plus grand parc naturel du pays. Nous partons pour une croisière de deux jours dans Doubtful Sound. "Sound" en anglais, c'est une espèce de détroit, de passage d'eau. Cook a ainsi nommé les fjords du Sud-Ouest de la Nouvelle-Zélande parce qu'il n'avait pas compris que c'était des fjords...
Nous nous rendons d'abord à à Manapouri pour prendre un bateau (super speedé) sur le lac du même nom, puis car pour traverser le col jusqu'au fjord. En route, on passe à côté de la centrale électrique souterraine de Manapouri, qui mériterait à elle seule des pages d'explications. Les kiwis ont creusé le rocher sur 200m de profondeur pour y installer une centrale hydroélectrique entre le lac et la mer. Un travail de titan complètement marteau... La route qui passe le col est celle qui a servi à acheminer les matériaux qui étaient amenés par mer à travers Doubtful Sound, justement.
Les deux jours qui suivent rendent toute tentative de description futile. Ce fjord est une merveille, un enchantement pour tous les sens. Les deux premières heures, tout le monde était sur le pont pour prendre des photos de tout et n'importe quoi. Enchanteur. En plus nous avons eu une veine de pendu avec le temps. Il a beaucoup plu la veille, donc tous les torrents occasionnels étaient actifs (y'avait de l'eau quoi). Le temps s'est amélioré constamment au cours de la croisière, donc nous avons profité du décor dans les meilleures conditions possibles. La nature est ici d'une pureté, d'une luxuriance et d'une sauvagerie à couper le souffle. L'équipage est pour sa part sympa et de bonne humeur et c'est contagieux. Tout le monde a la banane.

La brume de ce milieu d'après-midi rend le paysage plus fantasmagorique encore. C'est simple, partout autour du bateau j'ai l'impression de voir l'île du Crâne, l'île perdue de King Kong. Impressionnant. Renversant. Totalement impossible à capturer en photo, aussi, malgré nos nombreuses tentatives. L'après-midi, nous faisons du kayak dans un décor mirrifique, puis on s'est carrément baignés! Sisi! L'eau est presque douce sur 3 ou 4 mètres. Cette pellicule d'eau douce ne se mélange pas avec l'eau de mer car elle est plus légère, évidemment. La profondeur totale du bras où nous nageons doit atteindre 200 ou 300 mètres. Glups...
Le bateau traverse ensuite le fjord pour arriver presque jusqu'à la mer (de Tasman, si on nage 2000 bornes on est en Australie). Le soleil dans nos faces, l'océan devant nous, le vent du large. Wouahw comme ça dépote! Et surprise, sur un chapelet d'îlots à l'embouchure du fjord, une bande de phoques achève le bain de soleil de l'après-midi. Autant dire que vu comme ça, un phoque c'est presque aussi actif qu'Ernesto quand il a mangé. Dur, la vie de phoque. Et pas trop difficile de cadrer...

Retour vers l'intérieur des terres, on se prépare à souper quand on signale des dauphins. Tout le monde déserte la cantine pour le pont, au grand désarroi de la chef-coq (on dit pas poule? ah bon...). Comme à Bay Of Islands, ce sont des "Bottlenose Dolphins", grand dauphin en français. Y'en a des centaines, il viennent jouer avec le bateau, ils sautent comme des fous. Encore une fois, une demie heure indescriptible ou nous rions, crions, photographions comme des fous. Incroyable. Ces bestioles sautent à 5m de haut, font des pirouettes et des tonneaux, se rentrent dedans en l'air. Nos yeux ont failli tomber de nos têtes.
L'air de rien, cette photo est prise avec une focale 70mm. Pas de télé...
Retour au souper (excellent) où nous faisons connaissance d'Australiens (pardons, Tasmaniens) très sympas. Puis soirée à papoter en goûtant le bière locale, et dodo bien mérité. Le lendemain, réveil aux aurores pour profiter encore de la beauté extraordinaire de la lumière dans ce fjord, puis on pense doucement au retour. On s'arrête au fond de Hall Arm. Ben, notre guide nature du voyage (il n'a cessé de commenter de manière très pertinente tout notre périple) nous convie à une expérience unique. Ici, la nature est vierge, pure, rien n'a changé depuis 200000 ans. Tout le monde sur le pont, personne ne bouge, ne prend de photo, ne parle ou ne claque de porte. On coupe le moteur, les générateurs et tout ce qui fait du bruit. On se tait, on ouvre grand les yeux et les oreilles, on observe le monde tel qu'il était avant nous et tel qu'il sera après nous. Un fragment d'éternité dans la nature. Silence. Les oiseaux, les cascades, le vent... Le temps se fige, nous sommes saisis, puis émerveillés, puis émus par tout ce qui nous submerge alors. Le monde, ce n'est pas les voitures, les McDonald's, les ordinateurs, Internet, la télé. Le monde, c'est ça. Tâchons de nous en souvenir pour le reste du voyage et le reste de nos vies.

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